Nassima Abdelghafour

Doctorante




  • Présentation



Titre de la thèse : Les dispositifs expérimentaux dans les politiques de lutte contre la pauvreté.

Sous la direction de Vololona Rabeharisoa

Mon travail porte sur les évolutions contemporaines de l’action contre la pauvreté dite « globale », c’est-à-dire celle qui touche les habitants les plus pauvres des pays en développement. Ces évolutions sont examinées par le prisme d’un dispositif d’évaluation qui s’est imposé, en débit d’âpres controverses, comme une référence en termes de rigueur scientifique pour identifier les interventions de lutte contre la pauvreté qui présentent le meilleur rapport coût/efficacité. La méthode des expérimentations randomisées contrôlées, adaptée de celle des essais cliniques, est décrite par ses champions comme le possible fer de lance d’une réforme épistémologique, politique et morale de la lutte contre la pauvreté. Si ces expérimentations sont loin d’être une pratique majoritaire, elles n’en ont pas moins reconfiguré les pratiques de lutte contre la pauvreté. En dramatisant l’importance d’évaluer rigoureusement, elles ont accentué certaines explications causales (micro, locales, comportementales) de la pauvreté au détriment d’autres (structurelles, globales, historiques), laissées dans l’ombre. L’enquête, ainsi restreinte aux personnes pauvres et à leur environnement immédiat, exclut de l’espace des causes le rôle des pays riches, d’où sont formulées les politiques de lutte contre une pauvreté pourtant dite « globale ». Au confinement épistémologique des causes de la pauvreté répond le confinement politique des solutions envisagées. Les expérimentations randomisées contrôlées tendent à tester des interventions de petite taille et peu coûteuses, qui visent à équiper les pauvres matériellement ou cognitivement, afin de modifier leurs pratiques quotidiennes, la façon dont ils calculent, établissent leurs priorités ou prennent des décisions.

Le problème de l’articulation entre la production de connaissances et l’action politique est classique, mais la thèse l’aborde à nouveaux frais, en opérant un décalage inspiré de la sociologie des sciences. Plutôt que de considérer les connaissances produites à l’issue de l’expérimentation, il s’agit d’analyser le processus de fabrication de ces connaissances en situation. La mise en place matérielle d’une expérimentation aléatoire est complexe et laborieuse ; elle requiert de dépêcher des équipes d’enquêteurs dans des villages reculés, auprès des pauvres sur lesquels les chercheurs souhaitent expérimenter. Par quelles opérations une intervention de lutte contre la pauvreté est-elle transformée en un objet propre à l’expérimentation ? Comment les villages sont-ils « laboratorisés », c’est-à-dire rendus carrossables, lisibles et connaissables ? En resserrant l’enquête sur le lieu où l’expérimentation est menée, la thèse s’attèle à décrire la trame micro-politique des formes contemporaines de lutte contre la pauvreté. Empiriquement, la thèse s’appuie sur la description ethnographique dense d’une expérimentation aléatoire menée dans un pays d’Afrique de l’Est. L’expérimentation observée évalue l’impact de la distribution de lampes solaires dans des villages non-électrifiés, par l’intermédiaire de micro-entreprises tenues par des villageois.