Sophie Tabouret

Doctorante




  • Présentation



Titre de la thèse : Une viticulture sans pesticide ? Analyse des trajectoires et des controverses autour des innovations génétiques en Vigne

Sous la direction de Antoine Hennion et François Hochereau (INRA – SADAPT)

La thèse est réalisée dans le cadre du projet DAS-REVI, financé par le programme Pesticide (2015-2018) du MEDDE[1] (aujourd’hui intégré dans le plan Ecophyto 2 du Ministère de l’Agriculture), qui concerne la problématique de la diffusion d’innovations variétales en vigne pour diminuer le recours aux fongicides. Dans ce cadre, elle est aussi financée par le métaprogramme SMaCH de l’INRA sur la santé des plantes.

En France, la viticulture a été impactée par différents évènements nécessitant l’utilisation de nouvelles variétés : la crise sanitaire du vignoble lié au phylloxera (création d’hybrides producteurs directs et de porte-greffes résistants), une crise économique de la filière qui a impulsé une volonté de faire évoluer la qualité du vin (interdiction de certains hybrides producteurs directs et incitations à planter des cépages dits « améliorateurs »). En parallèle, les acteurs des différentes filières vitivinicoles françaises se sont attachés à définir et à protéger leurs vins à partir de spécificités, notamment des cépages utilisés (Vitis vinifera), des techniques de production (taille, mécanisation, terroir), des pratiques de vinification, ou des lieux de production, formalisant ces spécificités par des démarches de qualité (AOC, IGP).

Aujourd’hui, la viticulture est la culture la plus consommatrice en pesticides, notamment en fongicides, pour lutter contre deux bio-agresseurs principaux (oïdium et mildiou). Là où les expérimentations de nouvelles pratiques agronomiques permettent une diminution maximale de 20% de l’utilisation de ces fongicides, l’innovation variétale est porteuse de nouvelles promesses pour diminuer de manière drastique l’usage de produits phytosanitaires. De nouvelles variétés présentant des résistances à ces deux maladies fongiques sont en cours de développement. Ces variétés sont issues de croisements interspécifiques (les gènes de résistance viennent de vignes non Vitis vinifera), ce qui interroge la nécessité d’une requalification de ces vignes et de leurs produits (notamment dans le contexte des signes de qualité où les listes de cépages sont fermées). L’introduction de ces innovations variétales dans le paysage vitivinicole français est un processus long qui requiert le passage de nombreuses épreuves en lien avec la classification des cépages ou la qualité des vins produits avec ces variétés, etc. La compréhension de cette succession d’épreuves sera au cœur de la recherche menée dans le cadre de cette thèse.

Cette thèse permet de questionner l’introduction de nouvelles variétés de vignes, en lien avec l’enjeu « d’écologiser » l’agriculture, conjugué à la redéfinition des pratiques viticoles et à la qualification des vins produits. Il s’agit de revenir sur le concept de variété (qu’elle soit ou non résistante aux maladies cryptogamiques) : qu’est-ce qu’une variété ? Comment se construit-elle ? Comment se définit-elle ? Comment s’élabore le vin produit ? Comment s’évalue-t-il ? Selon quels critères ? Cela nous amène à nous intéresser aux pratiques des professionnels (qu’ils soient chercheurs, viticulteurs, techniciens de la filière, metteurs en marché – négociants ou coopératives), ainsi qu’à l’influence des consommateurs : comment évoluent leurs pratiques en lien avec les cépages ? Comment qualifie-t-on une « bonne variété » selon les professions, selon les terroirs, selon les procédés techniques de production et de transformation du raisin, selon le goût attendu d’un vin ? Comment, plus largement, le système socio-technique viticole (intégrant viticulteurs, conseillers, négociants, législateurs, etc.) appréhende-t-il un changement d’encépagement dans le cadre d’une production et d’un marché du vin très règlementée ?



[1] Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie