L’expérimentation comme modalité de l’action collective

Mode d’action issu de la pratique scientifique, l’expérimentation se diffuse aujourd’hui dans des situations variées : l’innovation industrielle, l’univers réglementaire, les politiques urbaines, la gestion des crises, etc. Dans tous ces domaines, elle contribue à renouveler les formats de l’action organisée, au-delà des oppositions entre planification et improvisation, action centralisée et initiative locale, régime administratif et coordination marchande.

Les recherches du CSI analysent la montée des modes d’action expérimentaux au prisme du pragmatisme et des Science and Technology Studies. Elles prêtent attention à l’émergence des publics que visent ces expérimentations, aux formes de participation sur lesquelles elles reposent, et aux métrologies qu’elles construisent notamment à des fins d’évaluation. Parce qu’elles sont l’occasion de s’affranchir des cadres qui contraignent ordinairement l’action, les expérimentations produisent de nouveaux agencements qu’il convient d’analyser.

Les recherches du CSI portent sur plusieurs domaines dans lesquels se déploie la forme « expérimentation ». Le domaine des expérimentations urbaines, qui fait l’objet d’un programme de recherche développé depuis plusieurs années en partenariat avec Renault et l’Institut de la mobilité durable, pose la question des évolutions des modes de gouvernance à l’œuvre dans un très grand nombre de villes à l’échelle internationale. Ce programme explore également les transformations que connaît la forme expérimentale elle-même dans ce mouvement, des conditions matérielles de production de résultats jusqu’à la nature des connaissances ainsi générées, en passant par la variété des acteurs impliqués.

Un autre domaine concerne la conception et l’évaluation des politiques publiques. Deux recherches récentes illustrent la façon dont l’expérimentation est abordée ici. La première porte sur les essais randomisés dans les politiques de lutte contre la pauvreté. Elle s’interroge sur la manière dont ces essais produisent une certaine description des causes de la pauvreté et circonscrivent des formes de traitement spécifiques. La seconde s’intéresse aux approches de type « bac à sable réglementaire » dans les politiques d’innovation. Elle examine la circulation du dispositif expérimental (« sandbox« ) à travers différents pays et domaines d’activité, les débats qu’il suscite et la manière dont il reconfigure l’action publique en transformant le régulateur en garant de l’innovation.

Projets :

Scaling up Co-creation. Pathways and challenges for socially robust innovation in Europe (Scalings)

City Experiment with urban mobility practices (CitEx)

IMD expérimentation

Observatoire pour l’Innovation Responsable

Thèses :

Nassima Abdhelgafour, Les dispositifs expérimentaux dans les politiques de lutte contre la pauvreté

Marie Alauzen, Plis et replis de l’État plateforme. Enquête sur la modernisation des services publics en France

Emilie Perault, Les expérimentations citoyennes dans l’habitat partagé. Vers un renouveau des modes d’habiter ?

Félix Talvard, Les expérimentations urbaines des eco-cities et des smart cities dans la mobilité, l’énergie et les infrastructures

Carole-Anne Tisserand, Comment l’organisation d’instances de participation sur le territoire « du futur » performe-t-elle son public ? La construction d’un smart territoire et territoire du « futur », Île-de-France

Post-docs :

Mathieu Baudrin – projet Scalings.

Publications :

Brice Laurent, David Pontille, Félix Talvard, 2019, La politique des expérimentations urbaines. Innovation technologique et transformations des villes à Singapour et San Francisco

Nassima Abdhelgafour, 2017, Randomized Controlled Experiments to End Poverty ? A Sociotechnical analysis

Brice Laurent, 2017, Democratic experiments. : Problematizing Nanotechnology and Democracy in Europe and the United States