Par delà l’innovation, maintenir et faire durer

Focalisés sur les dynamiques d’innovation, les Science and Technology Studies ont laissé de côté l’aspect le plus ordinaire des assemblages sociotechniques, négligeant les activités dédiées à assurer leur stabilité et leur persistance. Depuis quelques années, ces activités ont pourtant pris une importance grandissante. Avec l’aggravation de la crise climatique, et l’amplification des crises sanitaires, les questions liées à la soutenabilité, à la continuité de l’activité, et à la durée de vie des choses et des personnes se sont progressivement imposées en contrepoint des obsessions pour l’innovation et de la figure omniprésente de la disruption. Que peuvent nous apprendre ces préoccupations du mode d’existence des dispositifs scientifiques et techniques, au-delà des processus d’innovation ? Comment, dans différents domaines, les conditions de la permanence et de la durabilité s’organisent-elles ? De quelle façon le temps et les futurs sont-ils problématisés ?

Prolongeant les travaux sur les dispositifs de valorisation, les recherches menées sur l’histoire et l’usage de la technique comptable de l’actualisation du futur (discounting) montrent comment la durée et le long terme se sont progressivement vus problématisés sous l’angle de l’investissement. L’actualisation amène à penser le temps sous la forme d’une dépréciation dont il est crucial d’interroger les fondements à la fois techniques et politiques.

Le CSI compte parmi les lieux où ont récemment émergé les Maintenance and Repair Studies, domaine de recherche interdisciplinaire qui explore la variété des activités dédiées à l’entretien des objets techniques, depuis les petits objets de consommation quotidienne jusqu’aux infrastructures les plus complexes. Il explore en particulier depuis quelques années les enjeux politiques, techniques et matériels de la maintenance urbaine. Plus récemment, le CSI a initié un partenariat de recherche avec l’Institut pour la recherche appliquée et l’expérimentation en génie civil (IREX) et Routes de France pour étudier les transformations contemporaines de la gestion patrimoniale des infrastructures de transport.

L’une des particularités des travaux du CSI sur ce sujet tient à leur volonté de ne pas séparer artificiellement ce qui relève de la maintenance des choses d’un côté et du soutien aux humains de l’autre. L’enjeu est au contraire de questionner les modalités du soin au sens large du terme, qui mêle soin des artefacts, soin de l’environnement et soin des personnes.

Projets :

La gestion patrimoniale des réseaux d’eau en France (Gespare)

L’effacement des graffiti à Paris

Séminaire :

Maintenir, soutenir : de la fragilité comme mode d’existence

Thèses :

Mathieu Baudrin, Maintenir la technologie aérosol et son industrie : une enquête sur les collectifs industriels (1958-2017)

Evan A. Fisher, Le triage humanitaire. Les responsabilités et les compétences de Médecins Sans Frontières

Roman Solé-Pomies, Gestion patrimoniale et anticipation des nouveaux usages : quelle gouvernance locale pour des infrastructures routières durables ?

Publications :

Jérôme Denis, David Pontille, 2019, Why do maintenance and repair matter?

Liliana Doganova, 2018, Discounting and the making of the future: on uncertainty in forest management and drug development

Antoine Hennion, 2017, Attachments, you say? … How a concept collectively emerges in one research group