Politiques des savoirs dans des mondes en crises

Les controverses et polémiques sont devenues des modalités omniprésentes du rapport au savoir dans les sociétés modernes : de leur forme triviale (les fake news sur les réseaux sociaux) à leur forme purifiée (le débat entre pairs dans l’univers confiné des sciences), elles se déclinent aujourd’hui sous une multitude de dynamiques. Les ruptures épistémiques que constituent le changement climatique, les crises sanitaires ou la prolifération des « big data » d’un côté, la défiance accrue envers les institutions scientifiques que manifestent certains gouvernements et mouvements politiques de l’autre, invitent à réinvestir des questions au cœur des STS sur la production des connaissances et sur l’inscription socio-politique des expertises.

Le CSI s’intéresse à la production de savoirs face à la crise climatique, et plus particulièrement à celle des scénarios d’émission de gaz à effet de serre qui ont vocation à informer et à évaluer les politiques climatiques et la transition énergétique. Ce domaine d’expertise met à l’épreuve les périmètres et hypothèses des calculs économiques ainsi que les liens entre disciplines scientifiques; il bouscule par ailleurs les relations entre expertises scientifiques et délibérations politiques.

Dans un autre registre, plusieurs travaux du CSI se concentrent sur les bouleversements que provoque la montée en puissance des communautés de l’open source et du hacking. D’un côté, ils interrogent la manière dont les questions d’éthique sont renouvelées par la pratique amateur des sciences notamment en biologie. De l’autre, ils cherchent à appréhender les potentielles transformations dans l’organisation de la production des connaissances, de leur évaluation et de leur circulation que pourrait entraîner l’intégration, par les politiques scientifiques, d’exigences de partage des résultats et des données.

Au-delà du domaine de la production scientifique à proprement parler, le CSI étudie la manière dont divers acteurs élaborent les connaissances sur lesquelles ils fondent leur action. Dans le sillage des travaux menés sur les associations de patients, de profanes ou d’amateurs, de nouvelles recherches portent sur des acteurs institutionnels comme la Banque Mondiale, amenée à réinventer son expertise, et les pouvoirs publics, soucieux de mettre en place des politiques « fondées sur les preuves ».

Projets :

Innovation au CNRS

Espace d’actionnabilité de Données en Oncologie / Data landscapes and actionability in precision oncology (Espadon)

Fichiers et Témoins Génétiques (FiTeGe)

From Target Identification to Next Generation Therapies for Cerebral Small Vessel Diseases (TRT-CSVD)

HyTrend

Construire un outil bibliographique/métrique pour la science ouverte (Matilda)

Thèses :

Félix Boilève, Concevoir et fabriquer la compétitivité en Afrique de l’Ouest : enquête sur les interventions d’aide au développement

Quentin Dufour, L’objectivation comptable de l’économie nationale : Enquête sur la fabrique du PIB et des comptes nationaux français

Mathieu Rajaoba, Recherche et innovations en agriculture de précision. Enquête de sociologie numérique

Sophie Tabouret, Une viticulture sans pesticide ? Analyse des trajectoires et des controverses autour des innovations génétiques en Vigne

Post-doc :

Florian Jaton, Designing ‘ground truths’ in asset management firms: An inquiry into algorithmic finance

Publications :

David Pontille, Didier Torny, 2017, Beyond Fact Checking: Reconsidering the Status of Truth of Published Articles

Vololona Rabeharisoa, 2017, La multiplicité des connaissances et le tremblement des institutions

Vololona Rabeharisoa, Tiago Moreira, Madeleine Akrich, 2014, Evidence-based activism: Patients’, users’ and activists’ groups in knowledge society